Les étapes du tirage d'une lithographie

Le choix de la matrice
L’artiste et le lithographe choisissent la matrice à partir de laquelle l’on va travailler (pierre, zinc, calque).
A l’atelier ART ESTAMPE, l'artiste peut créer ses dessins directement sur la pierre calcaire avec un crayon gras ou avec un pinceau et de l'encre lithographique, ou bien exécuter ses dessins sur plaque de zinc. Dans ces 2 techniques l’artiste doit dessiner à l’envers.
Par facilité, l’artiste exécute le plus souvent ses dessins directement sur papier calque (un calque par couleur d’impression) soit à l’atelier ART ESTAMPE, soit à l’avance dans son propre atelier.
Avantage du papier calque : il permet à l’artiste de dessiner à l’endroit, c'est la technique la plus utilisée dans notre atelier.
Le dessin original de l’artiste est ensuite transféré sur la matrice d’impression par un procédé de transfert à l’échelle 1 ou bien après agrandissement ou réduction pour l’adapter au format d’impression voulu.

FAQ : pierre - zinc - aluminium ou calque : un faux débat
A l’origine, seule la pierre était employée. C’est la technique la plus archaïque. De nos jours, quelques rares ateliers la pratiquent encore, car pour des raisons de commodité on utilise plutôt le zinc ou l’alu (zincographie) ou mieux le calque.
La zincographie revient plus cher à imprimer parce qu’il y a plus de passages de couleurs.
Mais si Picasso ou Chagall ont travaillé sur pierre, c’est parce qu’il n’y avait pas d’autre technique disponible à leur époque et non parce que la pierre est une technique plus prestigieuse. Si leurs estampes se vendent aussi cher, c’est parce que ces artistes ont une côte importante, et non parce que la matrice a été dessinée sur pierre plutôt que sur zinc ou sur calque.

Le choix du papier et le tirage

Le papier est le support d’impression de l’estampe au sens large et de la lithographie en particulier : c’est donc un élément particulièrement important que l’imprimeur et l’artiste se doivent de choisir avec le plus grand soin.
Le choix du papier est en effet déterminant dans l’aspect final de la lithographie. Il s’agit pour l’imprimeur, l’artiste et l'éditeur de trouver le support adéquat à l’esthétique recherchée.
D’un commun accord, on détermine le format du papier et de l’image ainsi que le tirage de la lithographie (quantité à imprimer)
Le papier le plus utilisé à l'atelier ART ESTAMPE est le velin d'Arches pur chiffon.

en savoir plus... sur les papiers d'art, la fabrication du papier, les formats, le filigrane, la hiérarchie des papiers

Les essais
Sur les indications de couleurs de l’artiste, le lithographe réalise les premiers tirages d’essais de la lithographie. Lorsque l’artiste et l’imprimeur s’estiment satisfaits du résultat, l’artiste signe le BAT (bon à tirer).

L'impression et le contrôle
L’imprimeur passe ensuite le tirage complet sur la machine et réalise l’impression couleur après couleur de la lithographie

en savoir plus... suivons pas à pas l'impression d'une lithographie de Graciela Rodo Boulanger

Après impression de la dernière couleur, chaque feuille du tirage est vérifiée et doit être conforme au BAT signé par l’artiste. Si une épreuve n’est pas conforme au BAT, elle est détruite.
Pour un tirage de 100 exemplaires numérotés, il faut une passe de papier de 150 feuilles en machine, compte tenu des risques de pertes à chaque passage de couleur (pertes pour le calage, pour l’essai de couleur, pour le déréglage de la machine en cours d’impression...)

Lorsque l'impression est terminée, les matrices ayant servi à l’impression sont détruites.

La signature et la numérotation
Les épreuves conformes du tirage sont ensuite numérotées par exemple de 1/100 à 100/100, pour un tirage numéroté de 100 exemplaires, et signées de la main de l’artiste généralement au crayon.

Les épreuves tirées avant le BAT et celles qui portent les corrections apportées par l’auteur sont nommées épreuves d’essai.

La numérotation du tirage achevé de 1/100 à 100/100 pour le commanditaire du tirage (un éditeur ou l’artiste lui-même), les épreuves restantes sont selon la volonté de l’artiste, numérotées EA (épreuve d’artiste) ou HC (hors commerce). Généralement en France, ce reliquat représente 10 à 15% du tirage numéroté.
Les EA et HC peuvent également être numérotées ou non selon la volonté de l’artiste, dans notre exemple de EA 1/10 à EA 10/10 et de HC 1/5 à HC 5/5.

Selon la tradition, des épreuves sont également réservées aux collaborateurs de l’atelier : dessinateur, conducteurs de machine,... Ces épreuves sont dédicacées à tel ou tel individu ou pour l’atelier, signées par l’artiste mais ne portent généralement aucune numérotation ou annotation EA ou HC. En anglais on rencontre aussi le terme PP (printer proof = épreuve d’imprimeur)

Certaines lithographies portent une marque supplémentaire : le timbre à sec (en relief) sur le papier : c’est la signature ou le poinçon de l’imprimeur ou de l’éditeur.

FAQ
La numérotation
La numérotation ne suit pas l’ordre du tirage en machine, et peut commencer soit par la dernière, soit par la première feuille selon le sens dans lequel se trouve la pile d’épreuves après le tirage. De même que pendant l’impression la première épreuve de la couleur 1 peut devenir la dernière épreuve de la couleur 2, selon les manutentions réalisées à l’atelier.
Première épreuve ou dernière épreuve
Autre idée reçue : on entend souvent dire que l’impression des couleurs est de moins bonne qualité au fur et à mesure de l’avancée du tirage, et qu’ainsi les premières épreuves sont de meilleure qualité que les dernières : si cela a pu être le cas autrefois pour certains tirages de gravures lorsque l’aciérage n’existait pas en raison de l’écrasement du cuivre, c’est entièrement faux dans le cas de la lithographie.
Gros tirage ou petit tirage ?
Le collectionneur préfère souvent les petits tirages aux grands tirages, mais c’est avant tout la qualité de l’œuvre elle-même et le fait que l’on est en présence d’une estampe originale (et non d’une estampe d’interprétation) qui sont à notre avis des critères de choix plus pertinents. Ainsi le petit tirage ne signifie pas Grande Oeuvre et le grand tirage ne retire en rien à la qualité de la création.
Certaines éditions commerciales aux Etats-Unis tirent à près de 1000 ex, et l’éditeur vous dira que plus la renommée de l’artiste est grande, et le nombre de ses collectionneurs important, plus le tirage et le prix de ses estampes est élevé : c’est d’une logique implacable !

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